Les greniers communautaires au nord Cameroun : instrument de développement local et de cohésion sociale par les communautés vulnérables
DOI:
https://doi.org/10.5281/zenodo.19598924Abstract
La sécurité alimentaire constitue un défi majeur dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, où la vulnérabilité des ménages ruraux est accentuée par la sécheresse récurrente, l’insécurité et la volatilité des marchés agricoles. Face à ces contraintes, les offices céréaliers et les greniers communautaires ont été mobilisés comme instruments de stabilisation des approvisionnements alimentaires et de résilience locale.
Cette étude vise à analyser le rôle et l’efficacité des offices céréaliers et des greniers communautaires dans la sécurisation de l’approvisionnement alimentaire, ainsi que leur contribution au développement socio-économique local. Les questions de recherche portent sur les pratiques de stabilisation des stocks, l’efficacité des mécanismes de stockage et de distribution, les facteurs limitant la performance des offices céréaliers, et les recommandations pour renforcer la sécurité alimentaire dans la région. L’hypothèse générale postule que les greniers communautaires et les offices céréaliers jouent un rôle déterminant dans la régulation de l’offre alimentaire locale et la réduction de l’insécurité alimentaire.
La méthodologie adoptée est mixte, combinant des approches qualitatives et quantitatives. Les données ont été collectées auprès de 330 participants, comprenant des responsables d’offices céréaliers, des producteurs agricoles et des bénéficiaires des greniers communautaires. Des entretiens semi-structurés et des questionnaires ont été utilisés, complétés par l’analyse de données secondaires issues de rapports officiels et statistiques agricoles. Les analyses ont été réalisées à l’aide de SPSS et de méthodes d’analyse qualitative, incluant l’analyse de contenu, la corrélation, la régression linéaire et les tests statistiques pertinents.
85 % des bénéficiaires rapportent un meilleur accès à des denrées alimentaires régulières et à des prix stables grâce aux greniers communautaires. 80 % des bénéficiaires constatent une régulation des prix locaux, limitant les effets de la spéculation pendant les périodes de soudure. 70 % des ménages ont réduit leurs pertes, et 65 % ont accru leurs revenus en vendant les excédents stockés. 55 % des bénéficiaires ont développé des compétences en gestion des stocks, tandis que 50 % observent un renforcement des relations communautaires et une meilleure coordination pour répondre aux besoins locaux. Les excédents et intérêts en nature ont été mobilisés pour financer la scolarisation, des infrastructures sociales et des projets communautaires, illustrant une dynamique d’économie sociale et solidaire.
Cette étude confirme que les greniers communautaires représentent un levier stratégique pour la sécurité alimentaire et le développement durable, en complément des offices céréaliers étatiques. Toutefois, des défis persistent, notamment la capacité limitée des infrastructures, la nécessité de formation des comités de gestion et l’amélioration de la coordination des politiques alimentaires. Les recommandations incluent la modernisation des infrastructures, le renforcement des capacités, l’optimisation des greniers communautaires et l’intégration d’approches participatives pour accroître la résilience des systèmes alimentaires locaux.



















